© Ce blog présente les ouvrages de
Camille Rouschmeyer
parmi ses écrits et ses photographies au jour le jour.





vendredi 8 février 2013

un rien de brusquerie









"La deuxième personne à qui il rendit visite en pleine nuit était une très jeune et très jolie femme, qu'il avait d'ailleurs choisie à cause de cet air d'innocence propre aux petits enfants, allié à une pureté de traits presque surhumaine. Il l'avait repérée sur une photographie en noir et blanc, au dos d'une brochure qui traînait sur l'un des bureaux de la maison d'édition où elle travaillait, à plein temps, comme il l'apprit très vite.
Faire sa connaissance fut beaucoup plus facile qu'il se l'était imaginé. Il lui suffit de la suivre et de l’aborder dans la rue, après l'avoir bousculée exprès et avec assez de brutalité pour faire tomber le paquet de gâteaux qu'elle venait d'acheter à la pâtisserie.
Il était resté dehors, caché à sa vue par les décorations et les boîtes de bonbons. S'il avait pu craindre un instant qu'elle ne se tourne vers lui pour choisir des confiseries plutôt qu'un des éclairs ou des babas qui ne semblaient pas la tenter, il fut vite rassuré en la voyant pointer son doigt vers la vitrine réfrigérée, derrière la vendeuse, qui en ouvrit alors la porte pour en extraire un vacherin aux framboises. Il avait tout loisir de contempler cette femme enfant, dont la joue droite se creusa d'une fossette et dont les petites mains potelées s'emparèrent du paquet avec un rien de brusquerie. Il se représentait déjà sa mine réjouie lorsqu'elle l’ouvrirait, il imagina son visage frémissant sous l'impact de la fraîche saveur acidulée… et la bouche de Clara lui souriant de plaisir par-dessus la crème Chantilly.

Il se tenait là, immobile, enlacé par une tristesse violente et familière, lorsque la jeune fille sortit du magasin. Il envoya Clara au diable.
Se précipitant comme s'il avait craint que la pâtisserie ne ferme ses portes – le ciel s’était assombri, annonçant la nuit –, il fonça. Epaule contre épaule, le choc fut aussi efficace qu’il l’avait anticipé. La jeune fille poussa un cri et aussitôt se baissa pour ramasser le paquet qui avait chu avec un bruit mat sur le trottoir mouillé. S'agenouillant à son tour, il se retrouva face à un regard empli de reproche."




Extrait de Carmelle Endicott (à paraître)

mardi 8 janvier 2013

lundi 10 décembre 2012

au pied du mur


Quand j’étais enfant, Saskia était déjà une jeune femme. Et je connaissais d’elle son image puisqu’elle était projetée à intervalles irréguliers sur le grand mur blanc. Je me souviens que je m’enfuyais souvent de la maison pour aller m’adosser à l’arbre le plus proche du mur. Trop proche, en vérité, puisque je ne pouvais alors voir Saskia dans sa totalité, mais seulement par petits morceaux éclatés ou, si je m’efforçais de laisser libre mon regard, par champs de couleurs un peu brouillées. Rien n’y faisait, il fallait que je m’évade pour la regarder, quand bien même je n’avais rien d’autre d’elle que ces pauvres fragments inutiles. Saskia était la première femme née après la fin du monde et le monde la vénérait. C’est ce que les maîtres d’école nous enseignaient, le premier chapitre de la Nouvelle Histoire, intitulé tout simplement Saskia.

Saskia aurait pu naître difforme, ou aveugle, elle aurait pu mourir à peine née, ou perdre l’envie de vivre, comme tant d’autres après elle. De tous les enfants nés en ces jours sombres et terrifiants, elle fut la plus forte, la plus intrépide, la plus vivante. Les livres qui parlaient d’elle la décrivaient toujours ainsi, et peut-être disaient-ils vrai. Etait-elle la plus vivante, la plus forte, la plus intrépide ? Je n’ai pas ce souvenir. Elle me semblait au contraire vulnérable, et pourtant c’était d’elle que je tirais la certitude de pouvoir vivre éternellement. Car même si c’était de vie éternelle que nous parlait la Nouvelle Histoire, personne n’y croyait vraiment. Seule Saskia nous y faisait croire. Elle tirait de sa poche un morceau de craie bleue et traçait au sol un grand cercle imparfait. Et dans ce cercle nous devenions immortels, ou du moins nous nous sentions immortels.

Sur le mur nous pouvions contempler aussi les forêts d’antan, les essences d’arbres disparues, les fleurs oubliées, les bêtes apprivoisées. Sans discontinuer les images se succédaient à un rythme aléatoire que personne n’était en mesure de prévoir, ce qui générait dans les esprits la certitude fébrile et craintive qu’il fallait demeurer là, au pied du mur, jusqu’à ce que l’image que l’on voyait s’estompe et soit remplacée par une autre. Ainsi il m’est arrivé plusieurs fois de m’endormir et lorsque je me réveillais, l’image n’avait pas changé. Cela signifiait-il qu’elle était restée sur le mur durant toute la durée de mon sommeil ? Ou avait-elle été remplacée par d’autres pour y être à nouveau projetée juste avant que je m’éveille ? Quand j’y réfléchissais – car j’y réfléchissais déjà – je penchais plus souvent pour la première hypothèse car il me paraissait tout simplement impossible que le projectionniste soit capable de prévoir l’instant où je me réveillerais. Mais je n’en étais pas certain et je me surprenais parfois à imaginer que le projectionniste lisait dans mon cerveau et décelait au millième de seconde près l’instant où j’allais émerger de mon endormissement. Dans ce fantasme je trouvais un plaisir subtil à me dire que je n’étais donc jamais seul, même lorsque je dormais. Je faisais partie de la Nouvelle Histoire et Saskia avait été ma mère bien avant la mienne.

lundi 19 novembre 2012

Mobile





mardi 13 novembre 2012

Ardoise magique


lundi 12 novembre 2012

dimanche 11 novembre 2012

Figurines