© Ce blog présente les ouvrages de
Camille Rouschmeyer
parmi ses écrits et ses photographies au jour le jour.





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dimanche 10 avril 2011

celui qui est là






"Il y a le bonheur auquel on aspire, mais il y a surtout celui qui est là et qu'on ne voit pas. Ma mère savait trouver les mots pour me faire comprendre ça."


Extrait de épidermie

samedi 18 septembre 2010

un souffle magique

"J'avais changé de monde ; le livre m'avait ouvert les portes de l'appartement, poussée dehors sans effort, en douceur, une évasion non préméditée et réussie à chaque fois. Dès que j'ouvrais un livre, qu'il s'agisse d'un roman que j'avais choisi ou d'un texte qu'un professeur avait demandé d'étudier, les mots écrits m'enchantaient. Ils racontaient une histoire ou se suffisaient à eux-mêmes, se transformant par leur propre chair en un souffle magique qui m'enveloppait et me transportait loin de la peur."

lundi 16 août 2010

Chanson de gestes

"Ma mère était passionnée par son métier ; il n'est pas exagéré de parler de vocation. Elle se couchait toujours très tard pour corriger les devoirs de ses élèves et préparer les leçons du lendemain. Elle s'installait dans la cuisine avec ses cahiers, ses livres et ses stylos. Le lave-vaisselle bruissait. Les bengalis dormaient, la tête sous l'aile. Sur la table, un peu à l'écart, une tisane infusait sous une soucoupe.
Cachée dans le vestibule, je voyais ma mère penchée sur un cahier. Elle barrait un mot, refermait le cahier. Elle rapprochait la tasse, soulevait la soucoupe, retirait le sachet de verveine, le posait sur la soucoupe blanche. Elle prenait la tasse et la portait à hauteur de son visage. Prudemment elle avançait les lèvres en cul de poule sur le bord de la tasse et aspirait un peu de liquide en faisant un léger bruit, un peu sifflant, comme le vent d'une tempête enregistrée sur un magnétophone dont on aurait baissé le son. Elle reposait la tasse à côté de la soucoupe où le sachet trempé gisait au centre d'une petite flaque brune. Elle se penchait à nouveau sur le cahier, de temps en temps barrait un mot ou écrivait avec son stylo rouge. Elle refermait le cahier, en prenait un autre. A la fin il n'y avait plus sur la table qu'une seule pile de cahiers bleus."


Extrait de Pour les enfants

mardi 3 août 2010

A la fenêtre


pour voir les beaux jours arriver
ils viendront c'est certain
à très petits pas sans avoir l'air
d'y toucher malgré les doutes
malgré les peurs n'aie crainte
les beaux jours arriveront
à très petits pas pour te laisser
le temps d'apprendre
comment tourne le monde
avec les envies
les petites jalousies
sois-en sûre ils viendront
les beaux jours colorés
de bleu de vert de rouge
et du blanc et noir des mots
et des espaces sur un ordinateur


Extrait de Le chat dans l'arbre

vendredi 16 avril 2010

la première phrase


"– D'abord j'ai bien réagi. Il faut dire qu'elle m'avait prévenue. Je me rappelle ses mots : "J'ai fait lire mon manuscrit à Julie. Elle a été horrifiée, elle pense que ça va te traumatiser." Julie est sa meilleure amie depuis le collège. Je me suis demandé pourquoi Julie pensait cela, mais j'ai ri et j'ai répondu "Ne t'inquiète pas, les traumatismes font partie de la vie." Elle a ajouté "C'est une autofiction, tout n'est pas vrai, tu dois le lire comme une fiction." J'ai dit "Envoie-le moi, je verrai bien." Puis nous avons parlé d'autre chose. Quelques jours plus tard j'ai reçu son manuscrit par e-mail. C'était un document Word. Je l'ai ouvert et j'ai lu la première phrase : En plus d'être folle ma mère est alcoolique, suicidaire et nymphomane."


Extrait de épidermie