© Ce blog présente les ouvrages de
Camille Rouschmeyer
parmi ses écrits et ses photographies au jour le jour.





lundi 28 novembre 2011

sans avoir peur

"Mes enfants m'ont souvent reproché d’avoir trop d’angoisses par rapport à eux. Je n’ai pas appris à aimer autrement. Est-il possible d'aimer sans avoir peur de perdre ceux qu'on aime ? Et sans se sentir coupable de trop aimer ou d’aimer mal ?"


Extrait de épidermie

jeudi 29 septembre 2011

happy end


"– Quand j'étais adolescente, la plupart du temps mes parents se disputaient ou ne se parlaient pas. Ma mère me disait que mon père la faisait souffrir, qu'il n'était pas gentil avec elle. Mon père ne me disait rien. Soit il criait en s'engueulant avec ma mère, soit il se taisait. Ma mère me chargeait d'être sa messagère auprès de lui, elle me demandait d'aller le voir à son travail pour lui dire qu'il la faisait souffrir. Je faisais ce que me demandait ma mère. Je haïssais mon père. J'ai même imaginé que je pourrais le tuer. Je savais bien que je ne le ferais pas, je me faisais seulement mon film dans lequel je débarrassais ma mère de mon père, mais il n'y avait pas de happy end parce que dans mon film je m'étais transformée en monstre puisque j'avais tué mon père. Il n'y aurait jamais non plus de happy end dans la vraie vie parce que j'avais été capable dans la vraie vie d'imaginer que je tuais mon père. Je n'ai commencé à aimer de nouveau mon père que bien plus tard, quand je suis partie de la maison. Je me suis mariée, j'ai été enceinte, Johanna est née. Mes parents sont venus nous voir à la clinique. Ma mère a été la première à prendre Johanna dans ses bras. Elle avait peur de lui faire mal et l'a vite reposée dans son berceau. Je l'en ai ressortie et l'ai tendue à mon père. Il l'a prise avec précaution et assurance. Ma mère s'est écriée « Fais attention à sa tête ! » et a mis sa main sous la tête du bébé pour la soutenir. Mon père a fait doucement glisser Johanna sur son bras pour que le petit crâne vienne se nicher au creux de son coude. En même temps qu'il faisait ce geste ma mère retirait sa main. Mon père tenait maintenant seul sa petite-fille. Elle paraissait blanche et rose entre ses mains bronzées."

Extrait de épidermie

mardi 13 septembre 2011

Transmission de pensée























Extrait de ARBRES 
(à paraître)

samedi 27 août 2011

ce fils inconnu

"Jeudi 6 mars, dixième séance

– Cela fait plus de deux semaines que je n'ai aucune nouvelle de Johanna. Les dernières fois que je l'ai eue au téléphone, elle était très distante. Je m'inquiète pour elle. J'ai vu une fois une émission dans laquelle des gens racontaient les difficultés qu'ils vivaient avec leurs enfants. Un père racontait que son psy lui avait conseillé de ne plus ouvrir la porte à son fils drogué. Les autres invités à l'émission écoutaient son témoignage avec un air choqué. Ce que cet homme racontait les atteignait aux tripes, ça se voyait. Il racontait que son fils de vingt ans se droguait depuis trois ans, qu'il était parti de chez eux, qu'il vivait dans la rue, qu'il revenait de temps à autre frapper à leur porte, que c'était l'enfer quand il était chez eux, il les menaçait, il était violent. Et c'était l'enfer quand il repartait et qu'ils ne le voyaient pas et n'avaient plus de nouvelles de lui pendant des mois. Le père racontait qu'il allait là où il savait qu'il avait une chance de trouver son fils, il parlait aux drogués, aux SDF, ils lui disaient où était son fils, il le trouvait, il lui parlait, il tentait de renouer le dialogue. Cet homme et sa femme étaient allés voir un psychanalyste. Il leur avait conseillé de laisser leur fils à la porte, de ne plus lui ouvrir. Un soir, leur fils avait frappé à leur porte, supplié, il avait faim. L'un des invités à l'émission s'est exclamé « Vous ne lui avez même pas donné un sandwich ? » L'homme a dit que non, il avait suivi à la lettre le conseil de son psy, il avait laissé son fils à la porte, il n'avait rien donné à manger à son fils. Sa femme avait voulu le faire, il l'en avait empêchée. Quand leur fils était reparti, sa femme et lui avaient pleuré. A l'émission il parlait d'une voix posée, même devant les doutes et les reproches silencieux des gens autour de lui. Il disait qu'il ne regrettait pas de n'avoir pas ouvert. Il disait que la vie de son fils appartenait à son fils. Il avait cessé de chercher son fils dans la rue. Ils n'avaient plus de nouvelles de leur fils depuis des lustres. Je me suis projetée dans leur situation. Je me suis demandé si j'aurais laissé mon fils ou ma fille dehors, si j'aurais été capable de ne pas lui ouvrir la porte. Je me disais que non, je lui aurais ouvert la porte, mais sait-on vraiment ce qu'on ferait dans une situation inconnue ? Si mon fils ou ma fille se droguait, me rejetait de sa vie, venait à la maison et m'agressait physiquement, lui ouvrirais-je ma porte ? Je pense que oui, mais je n'en suis pas sûre à cent pour cent. Je me disais que cet homme et cette femme avaient choisi de ne plus penser à leur fils mais qu'ils ne cesseraient d'y penser. Leur fils avait disparu de leur vie. Le fils qu'ils avaient connu, celui qui ne se droguait pas, celui avec lequel ils parlaient, celui avec lequel ils mangeaient, avait disparu de leur vie. Et le fils drogué, le fils menaçant et violent, avait lui aussi disparu de leur vie. Ils n'avaient plus que leurs souvenirs de leur fils d'avant la drogue et de leur fils d'après la drogue. Quel avait été le moment où le fils avait commencé à se droguer ? Pourquoi avait-il commencé à se droguer ? Le père ne disait rien de tout ça. Peut-être ne savait-il pas. Peut-être avait-il honte de ne pas savoir. Peut-être se sentait-il coupable. Coupable de n'avoir pas été à la hauteur. A l'émission il racontait l'après-drogue, l'après-fils-qu'il-connaissait. Le fils qu'il connaissait avait disparu. Celui que le père allait trouver dans la rue parmi les drogués et les SDF n'était plus le fils qu'il connaissait. Le père a essayé de lui parler pour comprendre et connaître ce nouveau fils, pour créer un lien entre lui et ce fils inconnu, puis il a cessé. Il n'a plus ouvert la porte à son fils quand il revenait, il n'est plus parti à sa recherche dans la rue."

Extrait de épidermie

lundi 18 juillet 2011

L'accouchement



La cloche a sonné
tout allait renaître
et déjà je sentais
mon ventre se fissurer
d'une trop longue attente




Extrait de ANTHROPOMORPHISMES

 

dimanche 19 juin 2011

Oiseau



















Extrait de VARIATIONS
(à paraître)

dimanche 29 mai 2011

Que puis-je t'offrir, maman chérie ?























Des roses roses par voie postale
accompagnées d’une jolie carte
la France entière nous sépare
je voudrais m’envoler vers toi
et te serrer dans mes bras
tu me manques tu es si loin
mais il y a le téléphone
et les images que j’ai prises
ton sourire un peu forcé
oui tu n’aimes pas beaucoup
que l’on te prenne en photo
mais je te montre ton image
et tu vois comme tu es belle
alors ton visage s’illumine
et cette fois c’est pour de vrai !




Extrait de Le chat dans l'arbre