"J'avais changé de monde ; le livre m'avait ouvert les portes de l'appartement, poussée dehors sans effort, en douceur, une évasion non préméditée et réussie à chaque fois. Dès que j'ouvrais un livre, qu'il s'agisse d'un roman que j'avais choisi ou d'un texte qu'un professeur avait demandé d'étudier, les mots écrits m'enchantaient. Ils racontaient une histoire ou se suffisaient à eux-mêmes, se transformant par leur propre chair en un souffle magique qui m'enveloppait et me transportait loin de la peur."
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samedi 18 septembre 2010
mardi 17 août 2010
Dans la chaleur de l'été
"Le soleil était au-dessus des toits, invisible. Je me tenais debout dans l'encadrement et je sentais dans mon dos la fraîcheur du couloir obscur. Devant moi, les petits jardins étagés se desséchaient dans l'air saturé de chaleur. Ma mère était étendue sur une chaise longue rayée de rouge et de blanc, à l'abri d'un parasol à la teinte passée. Elle lisait un livre. Quand j'avais débouché devant elle, je l'avais vue brièvement lever la tête et me sourire. Et quand j'avais rouvert les yeux, elle me regardait encore en souriant. J'avais descendu l'unique marche et étais allée m'asseoir à ses pieds. J'entendais les criquets ; les papillons – ils étaient innombrables en ce temps-là, dans ces jardins brûlés de soleil – voletaient d'une fleur à l'autre, leurs ailes étaient comme des pétales tourbillonnants. J'avais réussi, une seule fois, à effleurer l'un d’eux, immobile au coeur d'une marguerite, il avait laissé sur mon doigt une poudre irisée."
Extrait de Pour les enfants
lundi 16 août 2010
Chanson de gestes
"Ma mère était passionnée par son métier ; il n'est pas exagéré de parler de vocation. Elle se couchait toujours très tard pour corriger les devoirs de ses élèves et préparer les leçons du lendemain. Elle s'installait dans la cuisine avec ses cahiers, ses livres et ses stylos. Le lave-vaisselle bruissait. Les bengalis dormaient, la tête sous l'aile. Sur la table, un peu à l'écart, une tisane infusait sous une soucoupe.
Cachée dans le vestibule, je voyais ma mère penchée sur un cahier. Elle barrait un mot, refermait le cahier. Elle rapprochait la tasse, soulevait la soucoupe, retirait le sachet de verveine, le posait sur la soucoupe blanche. Elle prenait la tasse et la portait à hauteur de son visage. Prudemment elle avançait les lèvres en cul de poule sur le bord de la tasse et aspirait un peu de liquide en faisant un léger bruit, un peu sifflant, comme le vent d'une tempête enregistrée sur un magnétophone dont on aurait baissé le son. Elle reposait la tasse à côté de la soucoupe où le sachet trempé gisait au centre d'une petite flaque brune. Elle se penchait à nouveau sur le cahier, de temps en temps barrait un mot ou écrivait avec son stylo rouge. Elle refermait le cahier, en prenait un autre. A la fin il n'y avait plus sur la table qu'une seule pile de cahiers bleus."
Extrait de Pour les enfants
samedi 10 juillet 2010
mercredi 19 mai 2010
Liberté totale
« Tout ce que je vous raconte à propos du livre de ma fille, je l’avais déjà compris à la lecture du manuscrit, avant de lire le vrai livre. Mais je n’y avais pas attaché d’importance. J’avais rejeté tous les sentiments négatifs dès qu’ils avaient pointé le bout de leur vilain nez. J’avais estimé que Johanna avait le droit d’écrire ce qu’elle voulait, que rien de ce qu’elle racontait ne devait être censuré, qu’en termes de littérature la maladie et la mort de mon père ne m’appartenaient pas, que la vie de ma fille cadette ne m’appartenait pas, ni celle de ma mère, et que ma vie non plus ne m’appartenait pas, que Johanna pouvait faire feu de tout bois. »
Extrait de épidermie
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